Yacef Saadi raconte la Bataille d’Alger : le plasticage dans les Églises d’Alger

Le 28 décembre 1956, en début de soirée, sept bombes éclatèrent dans les quartiers de Bab-El-Oued et de la rue Michelet. Le lendemain entre 19h30 et 20h30, divers attentats par explosifs se produisirent dans quatre Églises d’Alger : l’Église Saint-Vincent-de-Paul, rue Borély-la- Sapie à Bab-El-Oued, l’Église Sainte-Marie, à proximité d’un des postes de police du Palais d’été, l’Église du Sacré-Cœur et celle de la place Lavigerie. Toujours visée, la communauté européenne n’a pas perçu le travail de démoralisation intense auquel elle était soumise.

Le but poursuivi par cette deuxième provocation était multiple : intimider l’Église nettement défavorable à la répression, provoquer la communauté européenne dans ses valeurs spirituelles et la pousser à l’affrontement avec la communauté musulmane. Il s’agit aussi de rendre fort improbable les chances d’un règlement politique qui ne passerait pas par l’arbitrage militaire tenant à sa merci les deux communautés concernées. Depuis décembre 1956 et jusqu’à janvier 1957, Alger connut une série d’attentats que la presse puisant aux mêmes sources d’information, se hâta d’attribuer au FLN.

Parallèlement à ces provocations, des menées subversives se tramaient dans la coulisse entre les factions nombreuses qui s’agitaient dans Alger, aucune d’elles n’a servi à lui révéler l’ampleur des problèmes posés. L’affaire du Général Faure et les documents saisis par la sécurité militaire à son domicile, n’ont suscité dans la presse aucune curiosité générale. Il est vrai qu’on a dû présenter le personnage en cause sous des dehors assez farfelus pour persuader l’opinion publique du caractère fantaisiste de son entreprise.

Ce ne furent pas, bien sûr, les 30 jours de forteresse infligés à ce « général maladroit et bavard » qui auraient pu changer le cours des choses.

Fin 1956, le ministre résident Lacoste, qui réservait au général De Gaulle, respect et considération, effectua auprès de ce dernier une démarche pour mieux éclairer sa lanterne, sur les nombreuses ramifications des organisations couvertes par des personnages importants proches du général. Le futur président de la 5e République a levé par la suite toute équivoque sur sa position personnelle au cours de cette période en récusant tous les aspects subversifs des manœuvres qui aboutirent au renversement de la mal-aimée 4e République. « Pas de 18 Brumaire avec les parachutistes » dira-t-il catégoriquement au Maréchal Juin. Je ne serai jamais mis en place par Massu (J R. Toumoux Jamais dit, p. 171).

Servit par des responsables sans grande expérience de la guerre subversive, divisés entre eux et dépassés à tous les coups, la communauté européenne ne pouvait saisir les mécanismes complexes de la provocation dont elle était constamment victime.

Réfractaire par nature à toute redéfinition de statut politique, à quel moment aurait-elle pu comprendre que son avenir était froidement saccagé par ceux-là mêmes qui la guidaient avec exubérance ? Elle a toujours subi son conditionnement avec une indifférence tragique. Même lorsqu’un coup de bazooka pulvérisait un bureau de la 10e région militaire manquant d’emporter le général en chef interarmées d’Algérie, elle ne réagit pas.

Quand on lui découvrit quelques aspects véridiques de cette étrange affaire, elle n’estima pas indispensable de voir plus clairement les buts poursuivis, avant de s’en remettre à ceux qui la bernaient.

On était en droit d’interroger Jacques Massu, sur les résultats des opérations menées par ses unités, dans le but de réprimer les violences contre-terroristes ; le tableau de chasse serait sûrement ridicule s’il n’était pas inexistant.

Depuis l’éclatement du mythe bâtard de l’Algérie française et la fin d’un rêve qui dura néanmoins 132 ans, l’ancienne communauté française d’Algérie, engagée par ses leaders dans un processus malheureux axé uniquement sur la violence, n’a probablement pas encore mesuré à ce jour, le degré de responsabilité de ceux qui l’aiguillèrent vers ce qui ne pouvait plus être que fatal. Le rapatriement définitif. Voici arriver pour elle, me semble-t-il, le moment de le faire avec raison et froideur. Peut-être ce retour en arrière la rendra-t-elle plus objective et l’aidera-t-il à extirper de son cœur quelques rancunes tenaces, manifestées contre les Algériens ?

Au sujet des obsèques d’Amédée Froger, la « Vraie Bataille d’Alger » de Jacques Massu, qui reconnaît quatre morts et une cinquantaine de blessés n’a pas ouvert, là comme ailleurs, le chapitre pourtant important de son action pour le maintien de l’ordre. A-t-on jamais sévi dans les unités paras contre les auteurs des méfaits enregistrés par les Européens d’Algérie ? Jamais !

Pourtant parmi les raisons invoquées pour l’octroi des pouvoirs spéciaux civils et militaires, Jacques Massu cite entre autres une des provocations relatée plus haut : la mort de Froger. Le passage qui a trait à cette affaire est présenté de telle manière que l’on ne peut supposer clairement l’origine militante de l’auteur, ou des auteurs de l’attentat commis. « Le Préfet Serge Baret, entré en fonction à Alger le 11 décembre 1956, pour être immédiatement aux prises avec le dramatique assassinat du président Amédée Froger, maire de Boufarik, et président de l’inter fédération des maires, constate l’insuffisance de ses moyens et envisage de remettre sa démission. Il renonce dans l’intérêt général à ce geste qui aurait été interprété comme un acte d’abandon et de lâcheté… C’est le 7 janvier 1957 qu’il me signa une délégation de pouvoir… », (V.B.A., p. 31).

Dans une note au bas de cette même page on lit ceci : « Le président Froger fit tué d’un coup de revolver tiré par un musulman d’une vingtaine d’années… L’attentat visait à provoquer les éléments de la communauté française d’Algérie, les plus tentés de répondre à l’assassinat par la violence… ».

Or les témoignages recueillis sur les lieux de l’attentat font ressortir la complicité d’au moins une personne : celle du conducteur de la traction-avant, immatriculée : 362 A. R. 91, (renseignement dévoilé le jour de l’assassinat par un responsable officiel de la sûreté générale d’Alger) en stationnement rue Auber et au niveau de la rue Edgar-Quinet.

Jacques Massu connaissait-il les auteurs de la provocation pour rester dans l’ambiguïté ? Ou bien était-il lui-même une pièce importante de cette manœuvre qui le vit, une semaine plus tard investi des pouvoirs draconiens pour mener sa tâche policière ? Peut-être qu’à bien des égards, il avait intérêt à se taire et c’est ce qu’il fit.

Au sujet de l’assassinat du Maire de Boufarik, Amédé Froger, 1e préfet d’Alger Monsieur Teigen, qui avait démissionné de son poste de Préfet à cause de la torture infligée, sans raison aux Algériens, témoigne et me cite dans un D.V.D. qui est en ma possession. Il affirme que le F.LN et l’A.LN n’y sont pour rien. Au sujet de l’attentat d’Amédé Froje, c’était un complot militaro-colonialiste afin de prendre le pouvoir. Un autre témoignage concernant cette affaire, Il s’agit de celui de Castille, l’un des poseurs de la bombe de la rue de Thèbe à la Casbah d’Alger. Je détiens également sa déclaration concerna Froger dans un D.V.D qui est en ma possession. Ce personnage est impliqué dans la fameuse affaire du Bazooka.

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