Mohamed Laid Benamor : « Nous voulons nous aussi avoir cette fierté du consommer national »

Mohamed Laid Benamor est président de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie. Il est PDG du groupe Amor Benamor. Il a participé, mercredi, à une rencontre sur l’Algérie organisée à Paris par BusinessFrance où il a défendu la Loi de finances 2017 et plaidé pour le renforcement de la relation franco-algérienne.

Nous étions ici-même il y a sept mois. Avec un panel et une assistance d’une aussi grande qualité que celle qu’il m’est donnée de voir aujourd’hui. Je reconnais quelques visages qui étaient déjà là en juin dernier… Merci de cette fidélité, et bienvenue aux nouveaux…

Ces points d’étape, ce n’est pas seulement le signe que nous avons plaisir à nous retrouver, même si ce plaisir est réel et manifeste. Ces rencontres régulières, c’est aussi le témoignage, je crois, de la densité et de l’excellence de la relation France-Algérie. Notamment de la relation économique. L’intégration de Renault dans l’Oranais, d’Alstom à l’Est, dans ma région Annaba, ou encore l’accélération de l’implantation du groupe Accor : c’est autant de manifestations de la confiance que des grands groupes, des géants français, placent en l’Algérie. J’aurais pu citer Lafarge aussi…

Chers amis, ceux qui me pratiquent de longue date savent que je ne suis pas adepte de la langue de bois. J’entends, j’écoute, je lis, je vois, comme vous, les remarques, les critiques, les inquiétudes… J’aimerais toutefois m’inscrire en faux contre les poncifs sur la loi de finances 2017. Je préfère le faire en amont, prendre le taureau par les cornes comme on dit, car j’ai le pressentiment qu’il va en être question aujourd’hui.

Alors qu’est-ce qu’on entend ? Que la réduction des dépenses de l’État, en clair la baisse de l’investissement public, fait peser des risques sur la croissance. Si je puis me permettre, c’est quand même une lecture très étatiste, partiale et partielle.

La croissance, ce n’est pas un texte de loi. Le PLF fixe un cadre législatif. Aux opérateurs économiques, publics ou privés, de créer de la richesse. Dans la « boîte à outils » législative, il y a des dispositions majeures qui montrent que le rapport à l’économie de marché a bel et bien changé en Algérie. Que nous nous inscrivons pleinement dans le capitalisme d’aujourd’hui, voire de demain.

D’abord, il y a de nouvelles dispositions sur les PPP, les partenariats publics-privés. Pendant dix ans, l’État a pris sa part, une part importante, dans le financement des infrastructures. La manne pétrolière permettait alors d’investir massivement.

Mais le discours a toujours été transparent. C’était une phase transitoire, avec un objectif précis : doter le pays d’infrastructures solides pour permettre, dans un premier temps, à des entreprises algériennes et étrangères de se développer partout sur le territoire, de disposer de ces infrastructures…

Et pour ensuite débureaucratiser, désétatiser, laisser davantage de champ aux opérateurs économiques. Nous y sommes. Les nouvelles dispositions sur les PPP ouvrent donc la porte à de nouveaux montages, à de nouveaux schémas de financement, qui intègrent beaucoup plus le privé. C’est désormais à nous de prendre le relais en matière d’investissement.

Autre disposition majeure de la loi de finances : l’exonération des droits de douane et de la TVA pour une période de cinq ans, sur les composants et matières premières importés par les sous-traitants des industries mécaniques, électroniques et électriques.

C’est un pas considérable. Cela veut dire que l’État renonce à une partie des recettes fiscales pour soutenir l’industrialisation. Il y a aussi cette amnistie pour la surliquidité informelle. Mesure qui va permettre de réinjecter dans les circuits de financement des sommes je le crois considérables.

C’est pour cela que je trouve assez injuste le traitement qui a été réservé à cette loi de finances. D’autant plus qu’encore une fois, il faut s’inscrire dans le temps long, s’extraire du court-termisme, pour voir qu’il n’y a pas de rupture.

Que la trajectoire est cohérente et qu’elle vise à créer un environnement propice à la prise de risque, à l’investissement. En somme, à la libération des énergies. Je note d’ailleurs que c’est exactement ce qui nous était demandé ces dernières années.

Un point d’ailleurs sur la rente pétrolière. Poison si elle anesthésie, bénédiction si elle est réinvestie. Le pétrole algérien, en dépit de la baisse du prix du baril, est une bénédiction. Je vous le disais, il a permis pendant une décennie de financer la construction d’infrastructures.

C’est aussi une opportunité d’investissement pour les remontées de filière. On parle beaucoup de la question du raffinage. La pétrochimie est aussi un domaine dans lequel je crois énormément. Il y a aussi tout un tas de services à développer autour des bassins pétroliers et gaziers pour les milliers de personnes qui y travaillent. C’est un marché vaste et sur lequel il n’y a aujourd’hui quasiment pas de concurrence.

Et cela vaut d’ailleurs pour beaucoup de secteurs. L’immensité du territoire – plus de six fois la France je crois en superficie – laisse énormément de place à la créativité. La Chine, le Qatar, la Turquie l’ont compris.

Je cite souvent aussi l’exemple de cet ami, français, qui était venu rendre visite à sa belle-famille en Algérie. Du jour au lendemain, il a tout vendu en France. Tout réinvestit dans la menuiserie en Algérie. Il est parti d’un petit atelier avec deux machines. Il est désormais en train de construire une usine et son carnet de commandes ne désemplit pas.

Ce qui me permet d’ailleurs d’insister aussi sur le tissu des TPE/PME. C’est 98% des entreprises en Algérie. Et 99,9% des entreprises en France. Il faut que nous trouvions un moyen de les faire travailler ensemble. Pas exclusivement, une entreprise de taille modeste peut aussi trouver des chemins de coopération avec des grands groupes. Mais il faut quand même que nous arrivions de part et d’autre à booster nos PME. La clé, je crois, c’est la coentreprise pour assurer la pérennité des projets.

Côté algérien, il y a un énorme besoin en formation et en accompagnement de ces entreprises, de ces TPE/PME. Besoin en formation en général aussi. Et dans ce domaine, beaucoup d’accords ont déjà été signés, je pense notamment au programme PROFAS. Des entreprises comme Renault ou Alstom s’engagent aussi sur cette voie.

La formation c’est évidemment aussi une opportunité économique. C’est un regret, je le confesse, de ne pas voir davantage de PME françaises s’implanter en Algérie. Je comprends les réticences face aux risques d’un développement à l’international. Et cela n’est pas spécifique à l’Algérie. Quand on est chef d’entreprise, que l’on donne de soi-même pour créer de l’activité, on réfléchit à deux fois avant de se lancer dans une aventure en dehors de ses propres frontières. On a besoin d’être rassurés, d’avoir des interlocuteurs fiables et solides. C’est la raison pour laquelle des mécanismes de suivi ont aussi été installés.

Le COMEFA, le Comité économique France-Algérie, s’assure que les dossiers sont pris en charge à un très haut niveau, en parallèle du Comité intergouvernemental.

Le FCE, le Forum des chefs d’entreprises, est aussi un espace de dialogue et de conseil. La CACI, la Chambre de Commerce et d’Industrie que j’ai l’honneur de représenter et de présider, joue aussi ce rôle d’aiguillon et fluidifier le dialogue. Je rappelle que nous avons nommé un représentant à Paris. Il est votre interlocuteur privilégié. C’est l’un des points positifs entre nos deux pays, : les canaux de communication sont nombreux.

À la Chambre algérienne de Commerce et d’Industrie, nous poursuivons aussi le travail de collecte d’informations auprès des chambres régionales. Pour avoir une cartographie précise des opportunités par région et par secteur.

Il y a un mot que je n’ai pas encore prononcé. Et qu’on entend beaucoup quand même. La crise. Je me suis livré à un exercice hier. Je suis allé sur Google. J’ai tapé « crise » et « Algérie ». J’ai découvert que ça fait trente ans qu’on est -qu’on serait- en crise.

Du coup, après, par curiosité, j’ai essayé avec « crise » et « France »… Puis « Chine »… Puis « Russie »… Et ainsi de suite. Et en fait, ça marche à tous les coups. L’apocalypse, c’est demain. Loin de moi, l’idée de nier les difficultés que traverse le monde. Nous y sommes évidemment exposés, puisque je vous le disais tout à l’heure, nous sommes pleinement intégrés à l’économie de marché, c’est la loi de la mondialisation.

Il y a tout de même une évolution historique à laquelle nous ne pouvons qu’être sensibles. L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, le Brexit en Grande-Bretagne. Dans les deux cas, le retour au patriotisme économique.

Donald Trump, on a entendu le « America first » lancé dans son discours d’investiture. On entend aussi ses critiques de l’industrie européenne, allemande en particulier. Cela fait peser un risque sur la croissance en zone euro.

Quant à la Grande-Bretagne, elle semble désormais regarder par-delà les océans. Theresa May sera le premier dirigeant étranger reçu par Donald Trump à Washington. Elle vise aussi un accord de libre-échange avec l’Inde. Dans les deux cas, elle investit sur une zone d’influence anglo-saxonne.

Et c’est là que nous avons nous aussi une opportunité historique. Nos deux pays présentent un parallélisme étonnant. Parallélisme culturel, cette francophonie que nous avons en partage. Parallélisme démographique, nos pyramides des âges sont parfaitement complémentaires. Parallélisme sectoriel de nos économies, on y reviendra peut-être plus largement lors de la table ronde. Convergence de vue et d’intérêts, et aussi, ne l’oublions pas, parallélisme géographique.

La France peut être pour nos entrepreneurs un tremplin vers le marché européen. Mais l’Algérie peut aussi être une porte d’entrée vers l’Afrique. Ambition pleinement assumée d’autant que les marges de progression du commerce interrégional restent importantes.

L’Algérie peut devenir ce hub régional, de par sa position géographique centrale, sa superficie, le foncier disponible, les infrastructures de transport et la façade maritime.

À la Chambre de Commerce et d’Industrie, nous avons la conviction qu’entre nous, entre la France et l’Algérie, les choses bougent. Avancent. Mais pas assez. Pas assez vite.

Sur le commerce en particulier, l’Algérie, comme un marché à l’export uniquement, est une idée qui a fait long feu. L’année dernière a été marquée chez nous par une campagne autour du Consommer Algérien. Là encore, parallélisme étonnant, puisque c’est un thème qui s’impose ici dans la campagne présidentielle, le « fabriqué en France » et « consommer français ».

Nous voulons nous aussi avoir cette fierté du consommer national. Que ce soit pour les biens intermédiaires ou pour la consommation finale. Et pour nous, un produit Origine Algérie Garantie, c’est un produit fabriqué en Algérie. Sans a priori quant au degré d’intégration. C’est d’ailleurs un appel que je lance. Là encore, notre proximité géographique est un atout. Car on peut concevoir de mécanismes de fabrication ou assemblage partagés. Cela permet de baisser le coût et notamment le coût énergétique, tout en réduisant les délais, et en jouant sur le taux d’intégration, de garder le label « fabrication nationale ». Ma porte est ouverte à tous ceux qui nourrissent des projets en ce sens.

Mes amis, Je ne crois pas au scénario du pire. Je crois en l’économie. Je crois en la volonté. Je crois en la capacité de résilience de l’Algérie. Je crois en l’amitié franco-algérienne. Ce n’est pas de la pensée magique, c’est juste notre histoire. »

Cet article Mohamed Laid Benamor : « Nous voulons nous aussi avoir cette fierté du consommer national » est apparu en premier sur TSA Algérie.



Admin

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne