La France doit « cesser de jouer à l’équilibriste » entre l’Algérie et le Maroc, estime un rapport parlementaire

Le rapport parlementaire de la commission des Affaires étrangères sur « la coopération européenne avec les pays du Maghreb » a été présenté devant l’Assemblée nationale française le mercredi 18 janvier dernier et mis en ligne hier, vendredi. Le rapport, fruit d’un travail de six mois dirigé par Guy Teissier (Les Républicains, droite) et Jean Glavany (Parti Socialiste, gauche), offre un aperçu de la vision actuelle portée par les autorités françaises sur les pays composant le Grand Maghreb, dont l’Algérie en particulier.

Islam politique et réconciliation nationale

La commission parlementaire s’est notamment intéressée à la place de l’islam politique dans le Maghreb. « Avec la disparition de l’Irak et de la Syrie de l’échiquier politique international, et l’évolution autoritariste de la Turquie d’Erdogan, c’est très certainement dans cette région, plus particulièrement en Tunisie, au Maroc et en Algérie, que se réinvente aujourd’hui l’islam politique et son articulation avec la démocratie pluraliste », estime les députés français. Ils affirment en outre que « la voie est étroite entre la tentation de l’éradication et l’acceptation mutuelle, mais tous les pays du Maghreb, chacun à leur manière et parfois avec succès, semblent avoir emprunté la voie de l’inclusion ».

Sur le cas de l’Algérie en particulier, les parlementaires expliquent : « au sortir des années noires, la stratégie de réconciliation mise en place par le président Bouteflika semble avoir eu pour effet d’affaiblir la base politique des partis islamistes » et « la participation des partis islamistes au pouvoir a eu pour effet de les placer dans une position paradoxale d’opposants cooptés par le régime, et par conséquent de neutraliser en partie leur force contestataire ». La commission tempère cependant cette vision en estimant qu’« il reste difficile d’évaluer le poids des formations qui ont refusé ce compromis politique et plus globalement l’audience réelle de l’islam politique dans le pays ».

Les députés indiquent de plus que « selon certains interlocuteurs de la mission, le poids de l’islam s’est considérablement renforcé au sein de la société algérienne. Le conservatisme religieux irrigue l’opinion publique algérienne et pèse par conséquent sur les autorités. Certains estiment que les islamistes ont « perdu la guerre politique » mais « gagné la société », comme l’ont montré les fortes polémiques liées aux projets de réforme du système éducatif (enseignement de la langue algérienne en sus de l’arabe) », écrivent les députés dans leur rapport.

Ces derniers expliquent que l’État « conscient des risques à moyen terme […] s’efforce de rétablir son influence sur la pratique religieuse, par la voie d’un ministère des Affaires religieuses qui prône un retour à l’islam de Cordoue et à la tradition malékite algérienne, contre la tendance wahhabite qui a gagné du terrain en Algérie ».

La commission parlementaire juge « cependant difficile, dans un contexte de déconnexion croissante entre le pouvoir politique et la population et d’absence de résultats probants sur le terrain social, de savoir si cette politique portera ses fruits ».

Les tensions entre l’Algérie et le Maroc pèsent sur la diplomatie française

La commission parlementaire exprime à plusieurs reprises dans son rapport ses regrets et frustrations quant à la nature tendue des relations entre l’Algérie et le Maroc, qui empêcheraient de voir émerger une coopération réelle entre les pays de la région Maghreb.

« Il n’y a aujourd’hui entre les pays du Grand Maghreb pas le plus petit début d’intégration économique et le dialogue politique est freiné par le différend entre l’Algérie et le Maroc autour du Sahara occidental », écrivent les députés, qui expliquent que la France se retrouve prise en tenaille entre les deux pays.

« Du fait de la mésentente entre l’Algérie et le Maroc, la relation triangulaire se caractérise en fait par deux relations bilatérales France–Algérie d’un côté et France–Maroc de l’autre sur laquelle plane l’ombre du troisième partenaire absent. Lorsqu’une des deux relations se réchauffe, l’autre se refroidit presque automatiquement », explique le rapport.

« La séquence qui s’est ouverte en 2012 témoigne parfaitement de cet état de fait. En 2012, le rapprochement de la France et de l’Algérie impulsé par la visite d’État du président de la République, François Hollande, en décembre 2012 […] s’est accompagné d’une détérioration des relations franco-marocaines », illustrent les députés.

« Cesser de jouer à l’équilibriste »

Pour la commission parlementaire, en plus « du préjudice que cause cet antagonisme algéro-marocain aux intéressés eux-mêmes, la France, comme l’ensemble des pays souhaitant développer une coopération avec le Maghreb se trouve confrontée à la difficulté de devoir ‘choisir’ entre une approche marocaine ou une approche algérienne ». Les députés estiment par conséquent que la France « doit faire de l’intégration maghrébine et du rapprochement algéro-marocain l’une des priorités de sa diplomatie et cesser de ‘jouer à l’équilibriste’ entre les deux voisins ».

Pour ce faire, la commission préconise d’abord que la France « doit assumer l’ensemble de son histoire avec ces pays et notamment avec l’Algérie, pays avec qui l’histoire est la plus tragique, afin que celle-ci ne soit plus convoquée à chaque difficulté politique ou diplomatique » et « cesser de prêter le flanc à des critiques de soutien à tel ou tel régime ».

Pour les députés français, la France « doit affirmer clairement qu’elle n’est pas partie prenante, ni arbitre des différends algéro-marocain, qu’elle soutient seulement la plus grande intégration possible d’un ensemble humain cohérent qui a vocation à constituer un espace de plus de 100 millions d’habitants et avec qui son sort est lié ».

Alger, « partenaire incontournable » dans la région

La commission des Affaires étrangères de l’Assemblée française considère par ailleurs que le retour de l’Algérie sur la scène régionale en a fait « un partenaire incontournable, notamment sur les sujets du Sahel et de la résolution de la crise libyenne ». Pour les députés français, « Alger exerce un rôle prédominant au sein de la région, et même du continent africain, si l’on tient compte de son influence décisive au sein de l’Union africaine ».

Le rapport évoque également les « nombreux mouvements internes ont lieu dans les milieux administratifs, militaires et économiques », notamment la mise en retraite du général Toufik. Selon les députés français, ces mouvements ont été effectués « vraisemblablement pour préparer la succession du chef de l’État algérien », mais restent « cependant aujourd’hui difficiles à interpréter tant leur finalité demeure opaque ».

Cet article La France doit « cesser de jouer à l’équilibriste » entre l’Algérie et le Maroc, estime un rapport parlementaire est apparu en premier sur TSA Algérie.



Admin

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne