Pour les pays européens, la solidarité atteint rapidement ses limites

Le sommet européen qui s’est déroulé en fin de semaine dernière sur le maintien ou non de la Grande-Bretagne dans l’UE avait un second sujet à son ordre du jour : que faire des millions de réfugiés, pour l’essentiel fuyant le conflit syrien ?

La guerre civile, qui a déjà fait plus de 250 000 morts et 13,5 millions de personnes en urgence humanitaire, a poussé plus du quart de la population à fuir le pays. « C’est la plus grande population de réfugiés pour un seul conflit, sur une seule génération », affirmait en juillet 2015 le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

Les pays du Golfe aux abonnés absents

Comment se répartissent ces exilés qui fuient d’abord vers les pays frontaliers de la Syrie ? Le décompte des chiffres réels est particulièrement complexe. Néanmoins un recensement a été effectué par l’ONG Amnesty international : la Turquie accueille 2,5 millions de réfugiés venant de Syrie, soit plus que tout autre pays au monde ; le Liban environ 1,1 million, ce qui représente environ une personne sur cinq dans le pays ; la Jordanie accueille environ 635 324, chiffre qui représente environ 10 % de la population ; l’Irak, où 3,9 millions de personnes ont déjà été déplacées à l’intérieur du pays, accueille 245 000 réfugiés venant de Syrie ; l’Égypte accueille 117 658.

Notons au passage que les pays du Golfe, dont le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Arabie Saoudite, le Koweït et Bahreïn, n’ont proposé aucune place d’accueil. De même que d’autres pays également plutôt nantis comme la Russie, le Japon, Singapour, la Corée du Sud ou les États-Unis n’ont pas fait de propositions particulières.

Le décompte d’Amnesty se fait évidemment sans compter les réfugiés qui par voie de mer ont gagné les côtes grecques ou italiennes. Dans les deux derniers mois, plus de 100 000 migrants sont arrivés sur les côtes méditerranéennes dont 80 000 en Grèce. Ce dernier pays fait référence à l’accueil de près d’un million de réfugiés syriens, sans aucun soutien particulier de l’Union européenne. 3 771 réfugies sont morts en mer en 2015, dont un enfant sur trois. 320 avaient disparu dans les mêmes circonstances à la mi-février.

L’Allemagne seule contre tous

Angela Merkel a eu dans un premier temps une attitude particulièrement ouverte face au drame syrien. L’Allemagne a accueilli certainement autour de 700 000 réfugiés syriens, c’est-à-dire pour ce pays et la Suède, plus de la moitié des acceptations d’accueil des 28 États membres de l’Union européenne. La chancelière allemande a, lors du dernier sommet européen qui s’est déroulé à Bruxelles, plaidé pour une plus équitable répartition entre les États européens, de cette exigence de solidarité. Elle a proposé une répartition de ces réfugiés par quotas dans les différents États membres, en fonction de leur propre démographie.

En réponse, le groupe de Visegrad (ou V4), qui rassemble la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, soutenues par des États des Balkans, a évoqué la nécessité de bloquer les frontières, notamment celle qui sépare la Macédoine de la Grèce. L’Autriche de son côté, a rétabli le contrôle à ses frontières européennes rompant ainsi avec l’accord de Schengen qui imposait la libre circulation des personnes au sein de l’UE.

La Turquie appelée au secours

Dans la charte des droits fondamentaux, adoptée par l’Union européenne, on trouve particulièrement dans son article 2 : « Toute personne a droit à la vie ». Et dans son article 18 : « Le droit d’asile est garanti dans le respect des règles de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 et du protocole du 31 janvier 1967 relatifs au statut des réfugiés et conformément au traité instituant la Communauté européenne ». Enfin, son article 51 précise : « Les dispositions de la présente Charte s’adressent aux institutions et organes de l’Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu’aux États membres uniquement lorsqu’ils mettent en œuvre le droit de l’Union ».

Tout ce rappel constitutionnel pouvait ouvrir à ce que le récent sommet de l’Union européenne prenne une position unanime et solidaire sur la question des réfugiés ? Évidemment non.

Manuel Valls avait déjà avant le sommet, précisé la position française : « Je suis venu faire passer un message d’efficacité. L’Europe ne peut accueillir davantage de réfugiés », a-t-il déclaré il y a une semaine à Munich, à l’occasion d’une conférence sur la sécurité.

Cette déclaration sur le sol allemand aurait particulièrement agacé Angela Merkel.

Le sommet de Bruxelles qui a suivi est dans la même teinte. Le communiqué commun, élaboré avec visiblement quelques difficultés, est néanmoins explicite : « Devant la crise des migrants, notre objectif doit être de ralentir rapidement le flot, de protéger nos frontières extérieures, de réduire l’immigration illégale et de sauvegarder l’intégrité de la zone euro ».

Comment « ralentir rapidement le flot » ? En négociant bien sûr avec la Turquie, monnaie trébuchante à l’appui. C’est l’un des enjeux du sommet UE – Turquie qui se déroulera début mars.

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