La sortie de la Grande-Bretagne évitée, l’Union européenne s’enfonce dans un cycle de crises

David Cameron, premier ministre britannique, menaçait depuis plusieurs mois l’Union européenne (UE) d’un « brexit », départ de la Grande-Bretagne de l’UE. Ce qui aurait constitué une première dans l’histoire de la construction européenne. Mais un accord a été trouvé hier dans la soirée, à Bruxelles.

Qui a finalement gagné dans cette étrange épreuve de force ? David Cameron s’est rapidement félicité d’un accord qui donne un « statut spécial » au Royaume-Uni dans l’Union. Il a assuré avoir obtenu « le meilleur des mondes », la continuation de la participation à l’UE en sauvegardant la pleine souveraineté de son pays.

Quelles étaient les principales revendications britanniques ?

Souveraineté : la délégation britannique souhaitait se retirer de l’engagement de la Constitution de l’Union européenne qui impose « une Union européenne toujours plus forte ». L’accord exempte la Grande-Bretagne de ce principe. Les autres pourront continuer à l’appliquer.

Gouvernance économique : la Grande-Bretagne ne souhaitait pas avoir à participer au renflouement de banques ou d’États européens en difficulté. Elle a obtenu satisfaction. En revanche sur sa demande d’une souveraineté en matière de règlement financier, sujet important vu le rôle international de la City, les États membres de l’UE maintiennent la volonté d’un droit européen dans ce domaine. Enfin, David Cameron demandait une pose dans « l’intégration économique » de l’Europe. Il n’a pas obtenu satisfaction : la zone continuera à s’agrandir et à se renforcer, si bien sûr elle le peut ou réussit à le faire. Enfin, le Royaume-Uni n’aura pas de droit de veto sur la zone Euro à laquelle, elle ne participe pas.

Immigration : David Cameron a obtenu de faire baisser les prestations sociales obligatoires que doit verser l’État britannique aux immigrants en provenance de l’Union européenne !

Le résultat est donc plus mitigé que l’annonce le Premier ministre britannique. Et il doit surtout en convaincre l’opinion publique du Royaume-Uni qui s’exprimera dans un référendum le 23 juin prochain. Les grands cris de victoire s’adressent surtout à celle-ci et les autres Européens laisseront faire, estimant que les compromis réalisés aux demandes britanniques sont d’un coût toujours inférieur à la menace d’une sortie de l’UE de la troisième économie européenne. La presse britannique, à part le Financial Times, portait ce matin un regard assez sceptique sur les résultats des négociations.

Crise de confiance européenne

Il n’empêche. Cet accord de compromis sur base de chantage est une indication supplémentaire que l’Union européenne s’enfonce un peu dans un cycle de crises. La première a certainement été un élargissement trop rapide à 28 pays aux traditions politiques et aux niveaux de performances économiques très différents. La gouvernance économique a fait privilégier depuis deux décennies et sous la pression principalement de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, un modèle très libéral qui n’a pas, sauf peut-être pour l’Allemagne, donné d’excellents résultats : l’Europe est le continent qui a la plus faible croissance de la planète, le chômage est en augmentation partout et le revenu moyen des populations tend à stagner. La zone Euro fonctionne mais l’Euro a un peu de mal à avoir la flexibilité des autres grandes monnaies internationales dirigées chacune par des États. L’Euro est piloté par une Banque centrale « indépendante » mais qui doit rendre des comptes à beaucoup de monde.

Le traitement particulièrement sévère infligé à la Grèce l’été dernier a montré publiquement que les instances européennes pouvaient agir avec une certaine violence loin des idéaux d’égalité et de fraternité, notamment avec les États membres les plus pauvres.

L’idée européenne n’enchante plus les peuples et certains états membres notamment dans l’Europe de l’Est, comme la Pologne et la Hongrie, sont actuellement dirigés par des partis d’extrême droite, autoritaires et assez éloignés des principes démocratiques prônée par l’Union européenne.

Enfin l’Europe qui a été et est frontalière à plusieurs conflits importants – Ukraine, Moyen-Orient – n’a ni diplomatie ni politique de défense commune.

Quelle voie de sortie à cette période où s’accumulent les encombrements, les obstacles et les chantages ? Certains prônent une Europe à plusieurs vitesses ou par cercles concentriques. La zone Euro en serait une première application. Mais toute modification significative ne peut se faire que par une réforme de la Constitution européenne, à l’unanimité des états membres. Pas facile à imaginer aujourd’hui.

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