Ils sont plus 600 élus à siéger dans les deux chambres du Parlement. Elus pour cinq ans, nos députés et sénateurs demeurent, dans leur majorité, anonymes durant tout leur mandat : ils ne s’expriment jamais dans les médias et ils ne rencontrent pas leurs électeurs.
Mais certains arrivent à sortir de l’anonymat et se distinguer. Leur secret ? Occuper l’espace médiatique et aller à la rencontre des citoyens, souvent à la recherche d’un relais pour transmettre leurs doléances et tenter de régler leurs nombreux problèmes.
Parmi ces élus qui affectionnent les médias, Lakhdar Benkhelaf. Ce député, bras droit d’Abdallah Djabalah, président du parti El Adala, ne rate aucune occasion pour s’exprimer sur les questions nationales. Avec les journalistes, il répond à toutes les questions et aborde tous les sujets : politiques, économiques, sociaux ou culturelles.
« Être toujours disponible pour répondre aux journalistes », semble être sa devise. Une disponibilité et une présence, avoue-t-il, qui ont joué en sa faveur. « Je reçois souvent des appels ou des courriers de la part de citoyens qui ne sont pas obligatoirement sympathisants de mon parti. Ils me sollicitent pour intervenir auprès de ministres ou de structures de l’administration afin de régler leurs problèmes », précise-t-il.
Ces doléances sont transmises aux concerné soit via les questions orales ou écrites comme le prévoit le règlement intérieur de l’APN. Mais pour certains problèmes, il n’hésite pas de demander une audience aux ministres concernés. « Certains ministres sont disponibles. D’autres trouvent toujours un prétexte pour ne pas me recevoir ». « Les choses sont devenues plus compliquées ces deux dernières années avec la maladie du Président. Chaque ministre fait ce qu’il veut », ajoute-t-il.
Beaucoup moins présent dans les médias, mais très actif dans sa ville natale, Mahmoud Guemama, député de Tamanrasset, favorise le travail du terrain. Tous les deux mois, il programme une tournée à travers les villes les plus enclavées à Tamanrasset. Avec ses collaborateurs, il « va vers les gens pour les écouter et s’enquérir de leur situation, mais aussi pour prendre en charge leur doléances », explique-t-il. « Certains problème se règlent au niveau local et pour cela nous avons besoin de la collaboration des autorités compétentes à Tamanrasset », note-t-il. Le député du FLN ne se plaint pas de la collaboration de l’administration et des assemblées élues sur place.
Mosquée, permanence électorale…
Pour Naâman Laouar, député du MSP, le contact avec les citoyens et la communication peut passer aussi par la mosquée. « Les gens savent où je fais la prière. La moquée est aussi un endroit pour dialoguer avec les gens », avoue-t-il. « Le café et le quartier » sont également des lieux où M. Laouar rencontre les citoyens.
Abas Bouamama, sénateur du RND, est quasiment le seul élu d’Ilizi à avoir ouvert une permanence électorale. Il mise aussi beaucoup sur la presse en se rendant disponible pour les journalistes. On peut le solliciter pour évoquer les problèmes socio-économiques de la région, mais aussi sur les questions sécuritaires. M. Bouamama n’utilise pas beaucoup l’outil Internet. Pour lui, les réseaux sociaux ne sont pas le meilleur moyen pour communiquer avec ses électeurs. « À Illizi, il y a des villes enclavées dont les habitants ne sont pas des accros d’Internet ». Du coup, aller à leur rencontre reste « le seul moyens de les toucher ». « Je fais des sorties régulières sur le terrain ». Mais le sénateur reçoit aussi les citoyens chez lui « autour d’un verre de thé ».
Une prime dérisoire pour ouvrir une permanence
Pourquoi la majorité des parlementaires ne dispose pas de permanence ? Pour Bellatar Mohamed, député FLN, il s’agit d’abord « d’une affaire d’argent ». « La prime accordée aux député pour créer une permanence est de 25 000 dinars par mois. Avec cet argent, il faut payer le loyer, la secrétaire, les frais d’électricité, gaz et Internet, sans oublier la logistique. C’est quasiment impossible ». Pour lui, ouvrir une permanence nécessite au moins 100 000 DA par mois.
Un argument que Abdelkrin Mhenni ne partage pas. Pour ce député RND, l’argent sert plutôt de prétexte. « Il est vrai que 25 000 DA ne couvrent pas les frais d’une permanence mais ça ne m’a pas empêché pour autant d’ouvrir un bureau dans ma circonscription électorale », note-t-il.
Absentéisme
Mais la communication n’est pas le seul handicap de nos élus. Le 9 janvier 2013, le président Abdelaziz Bouteflika désignait, au titre du tiers présidentiel, les nouveaux membres du Conseil de la Nation. Sur cette nouvelle liste figuraient les noms de plusieurs anciens ministres : Saïd Barkat, Djamel Ould Abbas, El Hadi Khaldi, Hachemi Djiar, et Boubekeur Benbouzid ainsi que Hafida Benchehida, l’interprète attitrée du président Bouteflika.
Depuis leur désignation, ces sénateurs sont restés très discrets. Absents quasiment de toutes les plénières, exception faite de l’ouverture et de la clôture des sessions du Parlement, ils sont également distants avec la presse, donnant la nette impression qu’ils n’avaient absolument rien à dire ni à faire au sein de la Chambre haute du Parlement. Comme de nombreux autres élus des deux Chambres.