Entretien avec le DG de l’Agence nationale des autoroutes

Ali Khelifaoui est le directeur général de l’Agence nationale des autoroutes (ANA). Dans cet entretien, il revient sur les grands projets autoroutiers en cours de réalisation, notamment les pénétrantes autoroutières de Bejaia et Jijel.


Quels sont les projets qui sont en cours de réalisation sur le territoire algérien ?

Pour les projets qui sont en cours de réalisation, le premier objectif était de permettre de créer des liaisons rapides entre les différents ports algériens et les grandes agglomérations pour les relier à l’autoroute Est-Ouest. On peut totaliser 13 pénétrantes sur 900 kilomètres qui sont en cours de réalisation. S’ajoutent à cela deux axes importants, à savoir la transformation de la R 1, appelée aussi la route transsaharienne, en axe autoroutier et la 4e rocade qui relie Khemis Miliana à Bordj Bou Arréridj pour permettre de soulager la section autoroutière du grand Alger.

Vous dites qu’il y a treize pénétrantes en chantier. L’une des plus importantes est celle qui doit relier le port de Bejaia à l’autoroute Est-Ouest. Quel est l’état d’avancement de ce projet ?

Cette pénétrante fait 100 kilomètres. Elle relie le port de Bejaia à Ahnif dans la wilaya de Bouira. Nous l’avons subdivisée en trois sections homogènes. La première section c’est Ahnif – Akbou sur 42 kilomètres, la deuxième section c’est Akbou – Amizour sur 26 kilomètres et la troisième c’est Amizour – Port de Bejaia. Nous avons fixé pour objectif de mettre en service la première section, appelée la section prioritaire, qui fait 42 kilomètres, autrement dit Ahnif – Akbou. Elle connait un taux d’avancement très appréciable. À la base, nous avions voulu la mettre en service d’ici la fin ce mois de janvier. Malheureusement, les conditions climatiques nous ont un peu perturbés. Il nous reste un travail de deux ou trois semaines et dès qu’il y aura une accalmie, les usagers bénéficieront de cette section.

Le projet n’a-t-il pas accusé un retard ?

Il faut relativiser la notion du retard. Sur le plan technique, le projet ne connait pas de retard. Néanmoins, les données du terrain nous ont poussés à revoir certaines échéances en raison de la spécificité du terrain traversé, notamment au niveau de la dernière section Amizour – Port de Bejaia où nous traversons une zone très instable, inondable qui est caractérisée par un sol compressible. Cette donne nous a poussés à revoir les études de détail et de faire des expertises approfondies. Le deuxième point, c’est la problématique de la libération de l’emprise. Aujourd’hui, nous avons trouvé des solutions à ces problèmes.

Vous avez trouvé beaucoup de problèmes liés à l’expropriation ?

Oui, car nous traversons un couloir assez spécifique, en l’occurrence le long de la plaine de la vallée de la Soummam. C’est une région qui est relativement habitée d’une part. D’autre part, nous traversons des vergers, des fermes et des zones agricoles qui nous ont obligés à employer des moyens appropriés.

Les contraintes étaient donc nombreuses…

Les projets routiers ont leur spécificité dans la mesure où il s’agit de projets linéaires. Sur 100 kilomètres, nous rencontrons sur le plan géologique tout ce qui est imaginable. Pareil pour les contraintes. C’est totalement différent des projets ponctuels.

Est-ce que ces contraintes n’ont pas engendré des surcoûts pour le projet ?

Au lancement effectif des travaux de tout projet, les données de terrain changent dans la mesure où l’étude du projet a été réalisée 4 ou 5 ans auparavant. J’ajoute qu’il s’agit souvent de zones très dynamiques qui évoluent à une vitesse importante, notamment sur le plan de l’expropriation où un propriétaire peut vendre son terrain entre-temps par exemple.

La livraison totale de l’axe autoroutier Ahnif – Port de Bejaia est prévue pour quand ?

Notre objectif, c’est d’abord la mise en service dans les semaines qui viennent de la première section de 42 kilomètres. Le second objectif, c’est la livraison de la deuxième section Akbou – Amizour au niveau de laquelle nous avons un tunnel de 4,7 kilomètres de long. Cette section connait un taux d’avancement appréciable évalué à 50%. Pour la troisième section, elle nous présente encore certaines difficultés sur le plan technique où nous sommes attelés à faire des études de détail pour lever toutes les contraintes.

Quel est le montant final de ce projet ?

Le montant du projet est de 101 milliards de dinars. Cela fait à peu près 1 milliard de dinars le kilomètre.

Une autre pénétrante importante est en cours de réalisation, en l’occurrence la pénétrante qui relie le Port de Djendjen dans la wilaya de Jijel à El Eulma dans la wilaya de Sétif, qu’en est-il de son état d’avancement ?

Pour la pénétrante Jijel – El Eulma, elle fait 110 kilomètres et traverse trois wilayas qui sont Jijel, Mila et Sétif. Elle a été confiée à un consortium algéro-italo-turc. C’est un projet qui traverse une région assez difficile sur tous les plans, notamment sur le plan topographique. Au départ, nous avons fait face à certaines difficultés, mais maintenant toutes ces difficultés ont été assainies. Le projet est entré dans sa vitesse croisière. En termes d’études, nous avons finalisé à 60% les études de détail et nous évaluons de l’ordre de 20% le taux global d’avancement du projet.

Donc, nous ne pouvons pas parler de délais lorsqu’on réalise une route ?

Vous savez, la réglementation algérienne protège la propriété privée et c’est une très bonne chose. Il faut que nous, les administrations, prenions une action bien en amont qui permettra de lever toutes ces difficultés et entraves. Quand nous faisons une évaluation d’un délai, nous la faisons d’une manière purement technique, occultant tout ce qui vient en amont et qui impacte fortement la réalisation de ce genre de projets.

Est-il vrai que les autoroutes algériennes sont les plus chères au monde ?

C’est faux ! Il faut éviter de donner des ratios au kilomètre de la sorte. Car entre un kilomètre et un autre, les choses peuvent être vraiment différentes. Par exemple, sur une section, vous trouvez un kilomètre où vous pouvez terrasser un mouvement de terre de 1000 m³ comme vous pouvez être dans l’obligation de construire un viaduc ou bien de creuser un tunnel. D’ailleurs, nous avons fait une comparaison en termes de coûts pour l’autoroute Est-Ouest avec les autoroutes réalisées au niveau du bassin méditerranéen, et je peux dire que nous sommes dans les normes.

Qu’en est-il des travaux au niveau du tronçon de Lakhdaria de l’autoroute Est-Ouest ?

Pour l’autoroute Est-Ouest, qui fait 1.216 kilomètres, nous avons enregistré des problèmes sur 224 kilomètres dont cette section de Bouira qui fait 33 kilomètres. Cette section a été réalisée bien avant l’autoroute Est-Ouest dans un autre objectif et dans les conditions les plus difficiles. C’est pour cela, à chaque fois que l’occasion m’est donnée, je dis : il faut rendre hommage aux entreprises qui ont réalisé à l’origine cette section. Il faut savoir qu’elle a été construite dans les moments les plus douloureux qu’a vécus notre pays.

S’agissant des opérations de mise à niveau, nous avons finalisé presque 200 kilomètres. Pour les 33 kilomètres de Lakhdaria, nous avons mis à niveau 25 kilomètres. Il ne reste que 8 kilomètres sur lesquels nous travaillons. L’essentiel a été fait. C’est une affaire de semaines et nous finalisons tout. Déjà sur les 8 kilomètres, trois seront prochainement livrés. Il ne restera que cinq.

Donc, ce tronçon sera praticable en 2017 ?

Sans aucun doute.

Il reste encore un tronçon non finalisé de l’autoroute Est-Ouest, notamment dans l’Est du pays. Les travaux ont-ils repris ?

Il nous reste 84 kilomètres en effet. Le problème qui existait avec le consortium (japonais Cojaal) a été résolu. Nous nous préparons pour relancer la construction de cette section.

Concernant les stations de péages au niveau de l’autoroute Est-Ouest, quand est-ce qu’elles seront mises en place ?

Le premier objectif fixé par les pouvoirs publics était de réaliser cette autoroute et de permettre de lever la pression sur le réseau existant, à savoir la RN4 et la RN5. Et il a été atteint. Le deuxième objectif était d’équiper l’autoroute. D’ailleurs, les travaux sont en cours et nous envisageons la finalisation de l’infrastructure d’ici la fin d’année.

Quel sera le prix fixé par kilomètre ?

Nous avons engagé une étude financière assez large pour identifier les vrais besoins de l’usager et son degré d’acceptabilité. Car s’il est aujourd’hui usager, demain il deviendra client, et tout client a ses exigences. Il faut donc résoudre cette équation.

Est-ce qu’il y a des projets qui ont été annulés ou reportés à cause de la conjoncture ?

Tous les programmes qui ont été lancés sont maintenus. S’agissant de l’autoroute des Hauts-Plateaux, elle a été reportée ultérieurement.

Qu’en est-il de la fusion avec l’Algérienne des gestions des autoroutes (AGA) ?

Nous sommes à la veille d’une réorganisation dans la mesure où l’ANA et l’AGA vont fusionner en un seul établissement qui s’appelle l’Algérienne des autoroutes. Le décret de création de l’établissement est apparu. Ce dernier aura à charge la réalisation des autoroutes et leur exploitation.

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