Opep et Russie : un gel de la production va-t-il suffire ?

Le ministre iranien de l’Énergie, Bijan Zanganeh, a annoncé, ce mardi 6 septembre, soutenir toute mesure visant à stabiliser le marché du pétrole et à maintenir le prix du baril entre 50 et 60 dollars. Cette déclaration est rapportée après la rencontre mardi à Téhéran de M. Zanganeh et du secrétaire général de l’Opep, Mohammed Barkindo.

La veille, les discussions en marge du G20 entre le prince Mohamed bin Salman d’Arabie saoudite et le président russe Vladimir Poutine avaient abouti à un accord sur un contrôle de la production de pétrole, qui devrait consister a priori en un gel de la production.

Des conditions spéciales pour l’Iran

Au mois d’avril, une tentative d’accord à Doha entre la Russie et l’Arabie saoudite avait échoué, le royaume exigeant un engagement de l’Iran, membre de l’Opep, qui continuait de refuser d’envisager toute restriction de sa production. En effet, pendant que l’OPEP adoptait la stratégie de surproduction menée par son chef de file, l’Arabie saoudite, la production iranienne avait été entravée par les sanctions internationales relatives à son programme nucléaire du pays. L’Iran sortant à présent tout juste de cette période de sanction, il entend retrouver la place d’exportateur majeur qu’il avait antérieurement.

Côté russe, le président Vladimir Poutine a déclaré, selon Bloomberg, ne pas avoir changé de position : un accord entre pays exportateurs de pétrole est nécessaire, et un gel de la production envisageable. Cependant, il affirme aussi que la situation de l’Iran doit être prise en considération et qu’il est acceptable d’attendre qu’il atteigne un seuil de production suffisant avant d’exiger sa coopération.

C’est dans ce contexte que l’Iran a affirmé mardi envisager un gel de sa production une fois atteint le seuil de 4 millions de barils par jour.

Cette évolution marque le début possible d’un dialogue entre des puissances politiques opposées, l’Iran et la Russie d’une part, et l’Arabie saoudite d’autre part. Les mesures envisagées par la Russie et l’Arabie saoudite ont été approuvées par les pays de l’OPEP, notamment l’Algérie et le Qatar, qui ont exprimé leur soutien lors de leur rencontre avec le secrétaire général de l’Opep lundi, à Doha. L’Iraq, deuxième exportateur de pétrole, avait fin août affirmé son soutien à une initiative consistant à geler la production, selon le Financial Times.

Quelle est la réaction du marché ?

Selon les experts, un gel de la production aux niveaux actuels ne suffirait cependant pas à résoudre le problème de la surproduction, les pays exportateurs de pétrole produisant quasiment au maximum de leurs capacités. Une réduction de la production devrait donc être mise en place, ce qu’aucun pays n’est pour l’heure disposé à envisager.

D’ailleurs, l’annonce de l’accord entre Russie et Arabie saoudite n’a pas provoqué de hausse notable du cours du pétrole. Cet été, l’annonce de la rencontre de l’Opep et de la Russie à Alger avait provoqué une remontée des cours, en raison de l’anticipation d’un accord entre les exportateurs en vue du gel de la production. Mais les cours ont ensuite chuté avant de remonter ces derniers jours.

Les acteurs du marché, selon Oil Price, considéreraient-ils que les exportateurs “bluffent” et visent uniquement à influencer les prix via l’annonce d’accords à venir. Le marché serait donc dans l’attente d’action concrète de la part de l’Opep et de la Russie.

Selon Bloomberg, un consensus général sur les niveaux de production est relativement aisé à attendre, mais la réalisation des objectifs posés est une autre paire de manches, tant les intérêts nationaux de chaque partie entrent en jeu dans le “dilemme du prisonnier” récurrent de l’Opep, où un manque de communication conduit à un manque de coopération qui en définitive risque de nuire à tous les acteurs en jeu.

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