France : François Hollande réforme contre sa propre majorité

À un peu plus d’un an de la prochaine élection présidentielle française, François Hollande désarçonne ses propres troupes. Dernière mauvaise surprise pour les députés du PS : une nouvelle version du droit du travail très libérale, présentée par la ministre du Travail, Myriam El Khomri.

Les réformes proposées vont bien au-delà de ce que les gouvernements de droite avaient réalisé, au bénéfice de la « liberté d’entreprise ».

Myriam El Khomri remet en effet en cause les 35 heures en autorisant leur contournement, allonge la durée de travail annuel, facilite les licenciements et limite les indemnités pour les salariés qui seraient congédiés, réduit les dispositifs juridiques protecteurs…

Le texte concentre l’essentiel de l’évoltion réglementaire au niveau de la négociation d’entreprise, là où le rapport de force salariés/patrons est le plus en faveur de ces derniers.

Les syndicats sont fous furieux, les députés de la majorité socialiste sont pour la plupart hébétés mais la ministre du travail a bénéficié du soutien de Pierre Gattaz, le président du Medef, principale association patronale française : « ce projet de loi va dans le bon sens » a-t-il expliqué.

Jean-Christophe Cambadelis, le 1er secrétaire du Parti socialiste a quant à lui déclaré qu’il aurait « du mal à voter » la réforme en l’état. C’est également l’opinion de nombreux de parlementaires de gauche mais Myriam El Khomri, jeune ministre issue de l’immigration marocaine, a précisé hier qu’elle n’excluait pas que le gouvernement recoure à un dispositif particulier, le « 49.3 » qui permet de faire passer une loi en passant au-dessus de l’opinion des députés et sénateurs. Un comble pour un gouvernement qui se réclame dans les discours  de la gauche, du socialisme, de la défense intransigeante de la démocratie…

Devant la bronca, François Hollande intervenant hier sur France Inter a fait marche arrière : le parlement sera souverain.

Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron a quant à lui salué « une réforme importante » : « notre économie a besoin davantage de flexibilité pour s’adapter aux changements contemporains, à l’accélération du monde ».

Pour ce jeune ministre qui comme Manuel Valls, se situe dans les franges les plus libérales du PS, ce texte permettra pour les directions d’entreprises « plus de souplesse, plus de flexibilité, et des protections repensées ». Cette révision à la baisse du droit du travail est « aussi une des conditions pour que notre économie puisse créer plus d’emplois ».

La gauche coupée en deux

Cette dernière démonstration laisse beaucoup perplexes. Les différents gouvernements de droite précédents, Chirac et Sarkozy, avaient déjà largement joué la carte d’une flexibilité plus grande et d’une réduction des garanties offertes aux salariés, sans que cela ne modifie en rien la courbe du chômage. C’est celle-ci que François Hollande s’était engagé à inverser lors de son quinquennat. À ce jour, le nombre d’inscrits au Pôle Emploi, et donc demandeurs de travail s’élève à 5,7 millions.

La réforme proposée par la ministre du travail, si sa mécanique s’avérait juste,  intervient néanmoins trop tard pour avoir des conséquences positives sur le front de l’emploi, d’ici les quatorze mois qui séparent de l’élection présidentielle. « La stratégie de François Hollande suscite l’incompréhension de ses troupes qui oscillent entre abattement et colère » note le quotidien économique les Échos.

Il est vrai que depuis quelques mois, le président a pris des positions qui ont été loin de susciter l’enthousiasme des élus de gauche. Le projet d’une réforme autoritaire de la déchéance de la nationalité, qui reprenait des propositions d’une droite extrême, n’avait pas convaincu nombre de parlementaires de gauche et même de droite. L’exécutif avait exercé de fortes pressions en faisant appel à la discipline des élus socialistes. Le projet de réforme constitutionnelle est donc passé à l’assemblée nationale mais sera sans doute retoqué lors du passage au Sénat ou la droite est majoritaire : « il aura brisé la gauche en deux et n’aura pas le congrès. Ce sera la double peine : le déshonneur et la défaite », lâche un député de gauche, cité par Les Échos.

Après les défaites enregistrées lors des élections municipales et régionales, les parlementaires de gauche s’inquiètent beaucoup des prochaines échéances : élections présidentielles et législatives qui se déroulent en même temps.

Beaucoup craignent de perdre leur poste et nombreux parmi eux s’inquiètent de plus en plus ouvertement de la stratégie de François Hollande. En prônant des réformes très libérales sur le plan économique et social, le président semble mener une politique plus centriste que de gauche traditionnelle. Seul problème, c’est que les partis centristes et leur électorat restent fidèles à leur alliance avec Les Républicains, nouveau nom du parti de droite, surtout si Alain Juppé devient le candidat commun.

Et nombre d’électeurs de gauche, très désappointés, risquent de faire défaut au candidat Hollande s’il se présente à nouveau.

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