L’Ansej est-elle touchée par les mesures d’austérité décidées par le gouvernement ?
Je ne le pense pas. Cette crise financière ne touche pas notre dispositif. Ce qui est contenu dans la Loi de finances 2016 le confirme. Nous avons eu les dotations nécessaires pour financer 60 000 projets. Ensuite, une évaluation a été faite par les pouvoirs publics et des experts. Ils ont constaté que c’est dans cette situation qu’il faut encourager la micro-entreprise. Pourquoi ? Parce que la micro-entreprise est facile à implanter, à déployer et résiste mieux aux changements économiques.
Des orientations nous ont été données par le gouvernement. Nous devons orienter les jeunes vers des activités créatrices d’emploi, créatrices de richesse, et de mieux les accompagner, surtout dans la période post-création.
Combien de projets avez-vous financé en 2014 et en 2015 ?
En 2014, l’Ansej a financé 40 856 micro-entreprises. En 2015, nous en avons financé 23 676. En janvier 2016, nous avons financé 1782 projets contre 1039 à la même période de 2015.
C’est vrai que le chiffre global a chuté entre 2014 et 2015. Mais si on compare par secteur, on a enregistré des hausses pour certaines activités. En 2014 le secteur de l’agriculture représentait 26%. Il est passé à 29% en 2015. Pour ce qui est de l’industrie et la maintenance, il est passé de 16 % en 2014 à 21% en 2015.
Quels sont les secteurs que vous encouragez le plus ?
Nous avons quatre secteurs phares : l’agriculture, l’industrie, le BTPH, et tout ce qui est TIC. Mais on encourage également tout ce qui touche aux énergies renouvelables et au recyclage. En revanche, le secteur du transport a été gelé en 2011 pour des raisons pratiques. Nous avons également mis en place un couloir vert pour les femmes, car nous avons constaté qu’elles ne représentent pas plus de 12%. C’est très faible ! On cherche à comprendre pourquoi, pour remédier à la situation. C’est pour cela que quand une femme propose un projet, on lui consacre toute l’attention, pour essayer d’augmenter ce taux.
Quels sont les secteurs où les projets connaissent le plus de succès ?
Actuellement, ce qui marche le plus, c’est l’agriculture. C’est un secteur vraiment juteux. Les start-up technologiques marchent bien aussi. Il y a des jeunes qui ont même des marchés avec des entreprises étrangères. Ils font rentrer des devises en Algérie.
Quel est le taux de réussite et des faillites des projets que vous financez ?
Il y a des échecs et c’est normal. Tous les jours et dans le monde entier, des entreprises ferment ! Mais il ne faut pas rester sur ce détail ! Concrètement, nous avons 65% de taux de recouvrement. C’est-à-dire des projets qui activent et remboursent le plus normalement du monde. Ensuite, il y a des micro-entreprises qui travaillent mais peinent à rembourser et n’ont pas des revenus stables. Elles représentent 25 % et nous les accompagnons. Le reste, ce sont des projets indemnisés par le fond de garantie, c’est-à-dire des échecs. Mais pour nous ce n’est pas un échec, car le fait de prendre l’initiative, d’entreprendre et d’essayer c’est une expérience, donc une réussite.
Ce qui est important de souligner, c’est qu’en 2014 nous avons financé 2000 micro-entreprises par produit de recouvrement, c’est-à-dire sans la sollicitation du trésor public. En 2015, le chiffre a doublé : 4000 projets ont été financés par produit de recouvrement. Ça veut dire qu’à l’avenir, le dispositif va s’auto financer.
Que fait l’Ansej quand les bénéficiaires ne remboursent pas ?
Il y trois cas de figures. D’abord, il y a ceux qu’on a financés mais qui n’ont pas réalisé leur projet. Autrement dit, ils ont détourné l’argent octroyé par l’Ansej. Là, on dépose plainte pour vol. Ces cas sont rares. En 2015 nous avons enregistré 160 cas sur 23 676 projets, soit 0.67%. Donc, c’est insignifiant !
Le deuxième cas de figure, c’est ceux qui ont réalisé leur projet mais pour une raison ou une autre, leur affaire n’a pas marché. Là, c’est le fond de garantie qui intervient pour indemniser la banque. On récupère le matériel et les équipements, on les revend aux enchères et on récupère ce qu’on peut récupérer. Le jeune perd son apport personnel mais ne rembourse rien.
Le 3ème cas, c’est quand l’affaire créée marche bien, mais le porteur de projet refuse de payer. Là aussi on dépose plainte. En général, les gens se mettent à payer dès qu’ils apprennent le dépôt de la plainte.
Mis à part l’octroi de crédits, que fait concrètement l’Ansej pour aider les jeunes à réussir leurs projets ?
On a signé beaucoup de contrats avec plusieurs entreprises, comme Algérie Télécom, Seaal, avec le secteur de l’agriculture, le secteur de la pêche, pour trouver des plans de charge à ces micro-entreprises, pour les aider à travailler et qu’elles puissent rembourser leurs dettes et s’épanouir.
Pensez-vous que la micro-entreprise pourra jouer un rôle décisif dans la lutte contre le chômage ?
Je pense que le chômage ne peut être combattu que par l’entreprise. C’est la micro-entreprise qui peut nous sauver du chômage, car les micro-entreprises répondent aux besoins locaux des villages et villes reculés. La micro-entreprise est un outil de diversification. On parle de la dépendance au pétrole, c’est le moment de changer la donne.
L’État ne peut pas créer plus de 20 000 ou 25 000 emplois par an, alors qu’il y a 200 000 diplômés de l’université chaque année. Donc, quelle est la solution ? C’est de donner l’occasion à cette jeunesse de se prendre en charge, prendre des initiatives, créer de l’emploi pour elle et pour les autres.
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