Alors que le président François Hollande est en déplacement en Amérique latine, la publication, jeudi, d’une tribune libre dans le journal Le Monde est beaucoup plus qu’un coup de tonnerre : c’est le début d’une vraie tempête non seulement dans le Parti socialiste mais dans toute la majorité qui soutient actuellement François Hollande.
« Trop, c’est trop » : le texte qui rassemble les franges de la gauche de la majorité parlementaire souligne l’existence de vraies divergences, notamment avec la ligne politique menée par le Premier ministre, Manuel Valls. Le texte porté par Martine Aubry (arrivée deuxième à la primaire socialiste qui avait désigné François Hollande comme candidat à la dernière présidentielle) dit tout haut ce que beaucoup d’électeurs de gauche, les syndicalistes, et nombre d’élus socialistes ressentent depuis longtemps : la ligne politique actuelle n’est pas « à gauche » et cela prépare des lendemains très décevants en 2017, date des nouvelles élections présidentielles et législatives.
« Ce n’est plus simplement l’échec du quinquennat qui se profile, mais un affaiblissement durable de la France qui se prépare et, bien évidemment, de la gauche s’il n’est pas mis un coup d’arrêt à la chute dans laquelle nous sommes entraînés », est-il notamment écrit. Martine Aubry, Dany Cohn-Bendit et Hervé Hamon, le chef de file des députés « frondeurs » concentrent le tir sur quatre gros dossiers de la politique menée par Manuel Valls :
Le pacte de responsabilité signé avec le Medef en janvier 2014 : l’État a versé 41 milliards d’Euros aux entreprises, l’organisation patronale promettant la création d’un million d’emplois ! Il n’en fut évidemment rien, le dispositif créant seulement quelques dizaine de milliers de postes.
La déchéance de nationalité : cette mesure, autoritaire et sans doute guère efficace contre les apprentis terroristes, a été prise dans la foulée des attentats de Paris. Nombre de députés n’avaient pas été franchement convaincus lors de la discussion parlementaire. « François Hollande doit renoncer à la déchéance de nationalité au profit d’une peine d’indignité nationale ou de déchéance de citoyenneté », propose les opposants.
L’accueil des réfugiés syriens : la France ne doit pas faire partie « des États européens qui s’exonèrent de toute solidarité, de toute responsabilité à l’égard des réfugiés », écrivent les contestataire. Manuel Valls qui, en déplacement à Munich avait refusé la proposition d’Angela Merkel d’une répartition par quotas des réfugiés entre les 28 pays de l’UE, est vivement critiqué pour son « indécent discours de Munich »…
Le projet de réforme du Code du travail : ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Le gouvernement Valls, selon les opposants, organise un véritable détricotage des droits sociaux au bénéfice des seules directions d’entreprise.
En clair, s’ils ne l’écrivent pas, Martine Aubry, Dany Cohn-Bendit et les 16 autres signataires réclament avec force le départ de Manuel Valls de son poste de Premier ministre. Le divorce entre les deux tendances dans la gauche française, mais aussi au sein de la majorité parlementaire qui soutient François Hollande et également au sein même du PS, est donc prononcé. Du jamais-vu depuis la rupture Giscard-Chirac en 1976. Ce qui avait causé une division de la droite pendant une dizaine d’années, et les deux septennats de François Mitterrand.
Manuel Valls cherche l’épreuve de force
Le Premier ministre, loin de s’indigner de ces très vives critiques à son égard, s’en est discrètement félicité. Il est depuis longtemps le tenant d’une évolution du Parti socialiste en parti « démocrate ». Il est favorable à une libéralisation des relations économiques et sociales. Il est persuadé que les idées de la « vieille gauche » qu’exprime particulièrement Martine Aubry sont passées de mode et n’ont plus aucune efficacité.
Manuel Valls croit que François Hollande, silencieux jusqu’à présent, lui restera solidaire et qu’il continuera à piloter le gouvernement et les réformes qu’il souhaite jusqu’à l’élection présidentielle de 2017. Et il fait le pari que les députés, mêmes frondeurs, appliqueront la discipline majoritaire. Et si jamais François Hollande n’est pas candidat, à la prochaine élection présidentielle, alors Manuel Valls sera très disponible.
François Hollande renonçant à sa nouvelle candidature ? Martine Aubry et ses amis y songent également fortement, assurés qu’ils seraient dans l’hypothèse d’une nouvelle primaire, largement majoritaires face à Manuel Valls. La montée aux enchères des deux tendances pourrait bien faire exploser le Parti socialiste. Après des défaites aux élections municipales, européennes et régionales, l’échec aux échéances de 2017 sont plus que prévisibles. Ce qui fait que beaucoup d’élus et de responsables du PS et des Verts réclament à haute voix des comptes.
Quant à François Hollande, toujours en tournée sud-américaine, il est resté étrangement silencieux. Mais l’homme est habile. Surtout quand il est encerclé.
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