Quel impact de la crise grecque sur l’Algérie ?

Ali Benouari est le leader du parti Nida el Watan. Candidat à la candidature pour le présidentielle de 2014, il est aussi l’ancien ministre du Trésor sous le gouvernement Ghozali (1991-1992).

Dans quelle mesure l’Algérie est-elle touchée par la crise grecque qui affecte en ce moment la zone euro ?

Directement, la crise grecque n’a pas d’incidence sur l’Algérie. Notre commerce et nos flux financiers avec la Grèce sont en effet insignifiants. Cependant, si la Grèce devait sortir de l’euro, scénario à ne pas exclure après le vote de dimanche, il est à craindre que nous soyons touchés à travers les turbulences monétaires qui en résulteront immanquablement. L’euro s’affaiblira contre toutes les monnaies, et donc affectera la valeur de nos réserves de change. Comme l’euro doit peser pour une bonne moitié dans nos réserves monétaires, cela signifiera que celles-ci, exprimées en dollars, baisseront dans une proportion équivalent à la moitié de la baisse de l’euro. Exemple : si l’euro baisse de 10%, nos réserves baisseront de 5%. Je n’évoque pas ici, bien entendu, l’impact que la crise grecque pourrait avoir sur la croissance de l’Europe et, partant, par effet systémique, sur les économies mondiales. Dans ce cas, nous serons frappés par la chute de la consommation de pétrole et de gaz et donc des prix de ces matières premières qui en résulterait.

Chute des cours du pétrole oblige, on parle beaucoup d’une crise économique à venir en Algérie. Est-ce qu’un scénario à la grecque peut se produire ?

Si la baisse du prix du pétrole persiste pendant deux ou trois ans, et si nous ne changeons pas notre modèle de croissance largement soutenu par la dépense publique, il est à craindre que nous revenions à l’endettement extérieur. Dans ce cas, oui, nous serons étranglés financièrement et nos créanciers nous soumettront aux mêmes exigences d’austérité que celles qui frappent les Grecs aujourd’hui. Avec une circonstance aggravante: nous ne sommes pas dans l’Europe et nous serons contraints d’adopter tous les ajustements qui seront exigés de nous : privatisations, suppression des subventions et autres transferts sociaux (qui représentent 50% du PIB), ainsi qu’une énorme dévaluation du dinar, qui provoquera un séisme d’une ampleur inégalée.

Quel est l’état des finances publiques en Algérie ?

Très mauvais : un déficit budgétaire dépassant les 10% du PIB, une balance des paiements qui sera déficitaire d’environ 40 milliards de dollars à la fin de l’année.

À l’origine de la crise grecque, on trouve l’entrée dans la zone euro en 2001 alors que l’économie du pays était trop fragile. Toutes choses égales par ailleurs, une éventuelle entrée de l’Algérie dans l’OMC peut-elle précipiter le marasme ?

Nous avons raté notre adhésion lors de la création de l’OMC, sur les cendres de l’ancien GATT. Alors, il ne nous était posé aucune condition. Plus le temps passe et plus cela devient compliqué, avec les exigences de nouveaux membres. De plus, comme pour les accords de libre-échange avec les pays arabes et l’Union européenne (l’accord d’association signé en 2002 et entré en vigueur en 2005 vise un libre-échange total avec l’Europe à l’horizon 2017), l’adhésion à l’OMC exigera de nous une plus grande ouverture de nos marchés. Or, cette ouverture, bonne pour les économies organisées, ne l’est pas forcement pour nous, tant que nous n’avons pas mis de l’ordre dans notre maison. Dans les circonstances actuelles, cette ouverture fragilise davantage notre économie, totalement extravertie. Elle compromet même toute chance de construire une économie productive. C’est là où le bât blesse.



Admin

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne