Nouveau rebondissement dans l’affaire des moines de Tibhirine. L’enquête de la justice française a mené à de nouvelles conclusions. Les sept hommes auraient été décapités bien après leur mort, indiquent les examens récemment menés sur les crânes des victimes, selon l’AFP, qui publie des conclusions du rapport. Ces résultats sont issus des prélèvements menés par l’équipe du juge Marc Trévidic, venu en octobre 2014 pour exhumer et analyser les têtes des sept religieux enterrées dans le cimetière du Monastère de Tibhirine.
Différentes thèses se contredisent depuis des années. En effet, le GIA avait revendiqué le meurtre des moines, dans un communiqué daté du 21 mai 1996, affirmant que le groupe terroriste avait envoyé un messager à l’Ambassade de France le 30 avril 1996, pour négocier le sort des moines, encore vivants. Or, une incohérence vient d’être mise en évidence par les experts française : la date annoncée par le GIA n’est pas la bonne. « L’hypothèse d’un décès entre le 25 et le 27 avril 1996, tel qu’il est évoqué dans une pièce de procédure, apparaît vraisemblable », indique le rapport. Difficile de savoir quand et surtout qui aurait pu les tuer. Depuis 1996, plusieurs coupables avaient été désignés : le GIA qui avait revendiqué cet assassinat ; mais d’autres témoignages laissaient croire soit à une bavure militaire, soit une stratégie des services secrets algériens.
Des têtes déplacées
Concernant les têtes des moines, elles auraient pu être découpées plus tard et déplacées d’un endroit à l’autre. Les experts sont catégoriques : les restes des crânes indiquent « une décapitation post mortem ». Les têtes auraient été découpées plus tard et sans doute enterrées une première fois avant d’être exhumées et à nouveau enfouies sous la terre. « Les éléments botaniques et la présence de terre différente de celle du cimetière de Tibhirine observés dans et sur les crânes sont en faveur d’une première inhumation », précise le rapport. En revanche les experts estiment qu’ »en raison de l’absence des corps, il n’est pas possible de dire s’il y a eu […] des mauvais traitements, coups ou tortures ».
Le juge Marc Trévidic, en charge de l’affaire, a estimé, ce jeudi, que « les experts ont pu faire des conclusions, je dirais à 80%, sur les causes de la mort et la date de la mort. Mais pour avoir des certitudes, il faut vraiment qu’on ait ces prélèvements ».