J’aurais aimé, à l’occasion de la double fête de l’indépendance et de la jeunesse, m’exprimer sur les sacrifices des hommes, les réalisations de l’État et les attentes du peuple. J’aurais voulu également m’attarder, avec beaucoup d’amitié et de respect, sur les points positifs pour les encourager et relever les points négatifs en vue de les corriger. Comme j’aurais souhaité évoquer l’avenir de l’Algérie et les défis qu’elle doit relever. Malheureusement, j’étais contraint, à cette occasion, de parler d’une indépendance inachevée, 53 ans après, et qui n’a pas été synonyme de la liberté, de la démocratie ainsi que de la justice sociale pour lesquelles se sont sacrifiés des hommes durant la période coloniale et pendant la décennie noir.
En dépit des réalisations enregistrées depuis 1962, l’indépendance est incomplète, tant que la France continue de choisir qui gouverne en Algérie et lui dicte la manière de le faire. Nous serons toujours en quête de liberté, tant que nous considérons ceux qui ne partagent pas nos positions comme des traitres et des criminels, alors que les supporters et les prébendiers sont pris pour de fidèles nationalistes. Nous sommes dans une période où l’échèle des valeurs est inversée ; la production des fiascos et des lâches est florissante ; le pouvoir est passé entre les mains des individus qui n’ont pas été choisis et mandatés par le peuple pour gérer ses affaires. C’est une période où la volonté populaire n’a aucune considération, d’autant plus que la caste au pouvoir s’échine à préparer le successeur de Bouteflika et les conditions favorables pour la concrétisation de leur plan avec l’aide des milieux d’affaires et des groupes d’intérêts !
Le recouvrement de l’indépendance n’a pas été accompagné par un développement économique et une prospérité pour le peuple. Il s’est transformé en un néocolonialisme exercé par une poignée d’individus sur l’Algérie et d’autres algériens en s’accaparant de tous les pouvoirs, en contrôlant les gens et en exploitant les richesses du pays. Des richesses dont ils disposent comme une propriété privée qu’ils dilapident sans contrôle et sans rendre compte à personne. En outre, ils distribuent une partie de ce gain pour acheter le silence de nos enfants et prolonger leur mainmise sur le pouvoir.
La dernière lettre du président à l’occasion de la fête d’indépendance contient une nouvelle provocation des algériens, notamment dans son volet concernant les questions de la constitution, la corruption, l’opposition et le développement national. Elle a confirmé que l’homme ne consulte pas le contenu de ses messages et ignore ce qui se passe dans son pays. Et ceux qui écrivent en son nom sont loin de connaître le vrai sens de l’indépendance, de la liberté et l’Etat de droit. Ils n’abandonneront pas leur magouille et leurs pratiques malsaines !
Sous l’indépendance, des partis politiques, des associations de la société civile et beaucoup de personnalités subissent un harcèlement affreux auquel ils n’ont pas été exposés durant le colonialisme. Beaucoup d’hommes et de femmes qui ont tenu la dragée haute au colonialisme français ont été également tués, emprisonnés et forcés à s’exiler ; d’autres ont été harcelés et accusés de traitrise tout au long de ces années d’indépendance. Le harcèlement et l’escroquerie se poursuivent, au point où le peuple a fini par accepter un président handicapé, au nom duquel gouvernent des prébendiers et des opportunistes qui ont volé les institutions en contournant la volonté populaire. De ce fait, nous ne pouvons plus changer notre sort et nous passons sous silence toutes les formes de dilapidation, de pillage, de mauvaise gestion et de gaspillage de nos ressources !
Le harcèlement que subissent la presse écrite et les chaînes de télévision privées n’a aucun rapport avec le professionnalisme et le non-respect de la déontologie. Au contraire, il a mis à nu le pouvoir qui croyait qu’il est possible d’acheter tous les journaux avec quelques pages de publicité. Ce dernier pensait également qu’il contrôlera et instrumentalisera les chaînes privées, par le simple fait d’autoriser leur création avant la mise en place de conditions légales. Malheureusement, nous nous sommes retrouvés dans une triste réalité qui aggravera notre régression dans les domaines informationnel, intellectuel et culturel. Celle-ci s’ajoute à notre recul en matière de libertés et sur les plans économique et social.
Il est vrai que beaucoup de chaînes privées sont plus dociles que celles du publique. Certaines d’entre elles ont dépassé tous les seuils de la mesquinerie et de la faillite intellectuelle, artistique et créative. Cependant, d’autres chaînes ont démontré leurs capacités professionnelles extraordinaires, au point de déranger ce pouvoir qui a échoué, 53 ans après l’indépendance, à ouvrir le champ audiovisuel selon des bases légales et professionnelles ; il a ainsi autorisé l’ouverture des bureaux à Alger pour seulement cinq chaînes, laissant plus de vingt chaînes « algériennes-étrangères » évoluer en dehors du cadre juridique légal.
Même l’autorité de régulation qui veille à la l’application des lois et au respect de la déontologie n’a pas de légitimité, car il a entamé son travail sans désigner la totalité de ses membres et sans attendre la publication du décret portant sa création au Journal officiel. Cette dernière commence à travailler avec des chaînes privées de droit étranger et qui peuvent continuer à diffuser leur programme en dehors du territoire nationale et sans accorder de l’intérêt à l’autorité de régulation ou au ministère de l’éducation. Cela démontre la légèreté avec laquelle les pouvoirs publics traitent la question de l’audiovisuel, en maintenant les contradictions et les dysfonctionnements.
Nous avons un sentiment de honte lorsqu’on entend et on voit ce qui se passe chez nous, comparé aux changements et au développement que connaissent d’autres pays et sociétés. Nous craignons aussi pour notre pays et pour l’avenir de nos enfants, quand on observe ce qui se passe dans d’autres pays qui pataugent dans des troubles et des guerres, en raison de la dictature, de l’absence de la liberté, de la démocratie et de la justice sociale qui font défaut aussi en Algérie. En effet, la fête de l’indépendance et du recouvrement de la souveraineté nationale est devenue une occasion qui aggrave notre désillusion. Car cette patrie n’est pas celle dont rêvaient les martyrs et les moudjahidine ; une patrie qui accueillera tout le monde sans haine, sans rancune et sans exclusion où accusation de traitrise. Un pays où nous pouvons vivre en toute liberté et indépendance, non pas sous la dictature et la colonisation comme c’est le cas aujourd’hui !
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